N° 522 La criminalité, la délinquance, l’incivilité, et le vandalisme des mineurs, est le problème majeur de la France, un État de droit ?

Pour les criminels, les délinquants, et les vandales, dès lors qu’ils sont mineurs, la France devient un État de non droit, un véritable paradis.

« Professeur de philosophie, Mohamed CHEGUENNI avait accompli un rêve d’enfant et assouvi son goût pour le contact et le commerce en reprenant un bureau presse-Jeux-PMU tout près de la Canebière. Ce buraliste a été tué à coups de couteaux lors d’un braquage qui a mal tourné. Ses agresseurs sont repartis avec quelques tickets de grattage et une poignée de billets de banque. »

Cet extrait d’un article publié dans la presse régionale en 2012 est malheureusement aujourd’hui d’une triste banalité.

Avec les stations-service, les buralistes sont devenus la cible privilégiée des braqueurs. Pas un jour sans agression quelque part en France.

Pour la confédération des buralistes, cette tragédie est le reflet de l’ensauvagement croissant et sans limite de la société française. Les auteurs de ces délits et de ces crimes, lorsqu’ils sont arrêtés, s’avèrent être en très grande partie des mineurs, de plus en plus jeunes, de plus en plus récidivistes.

Sur le site internet de BFM TV on pouvait lire le dimanche 26 janvier au soir :
Élias, un adolescent de 14 ans a été mortellement poignardé vendredi [24 janvier] soir à Paris après avoir REFUSÉ DE REMETTRE son portable à deux mineurs de 16 et 17 ans qui ont été placés en garde à vue samedi. Une garde à vue qui s’est terminée dimanche. Les deux adolescents doivent être présentés à la justice ce lundi 27 janvier, en vue de leur PROBABLE mise en examen. Ils RISQUENT d’être également placés en détention provisoire.

Le ministre de l’Intérieur Bruno RETAILLEAU s’est dit « horrifié par cette violence gratuite, résultat d’une PERTE DE REPÈRES et de l’effondrement de l’autorité », dénonçant sur X un acte « de barbares ».

Ces quelques lignes sont malheureusement tout à fait emblématiques de ce l’on peut lire dans la presse quand elle tient à respecter jusqu’à l’absurde les codes du politiquement correct, ici plus précisément les codes du juridiquement correct. Alors que la présomption d’innocence est de plus en plus souvent bafouée dans le cas de la mise en examen très discutables de personnalités célèbres, elle est trop couramment invoquée dans des cas où elle n’a pas lieu de l’être, notamment lorsque les mis en examen sont passés aux aveux, ou bien sont pris en flagrant délit.

En janvier 2015, le respect de ces codes avait ainsi tourné au tragi-comique :

Fort heureusement, Saïd et Cherif KOUACHI, auteurs de l’attentat perpétré contre Charlie Hebdo le mercredi 7 janvier, n’ont pas été abattus le 9 janvier pour la seule raison qu’ils étaient suspects, mais parce qu’ils tenaient en otages deux membres du personnel de l’imprimerie dans laquelle ils s’étaient retranchés.

Depuis 1981, depuis l’abolition de la peine de mort, les Gardes des Sceaux des gouvernements de gauche sont rituellement accusés par la droite de montrer plus de compassion pour les bourreaux que pour les victimes.

Ces accusations, faites notamment à l’encontre de Robert BADINTER, Christiane TAUBIRA, Éric DUPONT-MORETTI, et Nicole BELLOUBET, ne sont malheureusement pas totalement infondées.

Les Français avaient entendu que, pour tous les crimes, qui auraient valu à leurs auteurs la peine de mort avant 1981, la peine prononcée serait la réclusion à perpétuité incompressible. Preuve que les Français avaient mal entendu, la peine de perpétuité incompressible ne fut votée qu’en 1993, et en 2023, cette peine n’avait toujours été prononcée que 4 fois.

La réclusion criminelle à perpétuité est de fait presque toujours assortie de ce qu’on appelle une période de sureté, temps pendant lequel le condamné ne peut demander aucune libération. Cette période de sureté est automatiquement de 18 ans, mais la Cour d’assises peut la porter à 20, 22 ou 30 ans selon les cas.

Au nom des droits de l’homme, l’horrible peine de mort a été abolie.

Sur le site ECPM (Ensemble Contre la Peine de Mort) on peut lire :

 LA PEINE DE MORT EST UNE TORTURE

Conditions de détention déplorables, détresse psychologique et méthodes d’exécution : la peine de mort est un châtiment cruel, inhumain et dégradant pour les condamné·e·s.

Une punition qui interdit tout espoir est en réalité une torture. Les condamné·e·s à mort vivent dans la peur constante d’être tué·e·s pendant vingt, trente, quarante ans. C’est ce que l’on appelle le syndrome du couloir de la mort.

De plus, il n’y a pas de manière humaine de tuer un être humain : quelles que soient les techniques employées pour la mise à mort, elles provoquent toujours d’extrêmes souffrances.

De la peine de mort est une torture à, la prison est une torture

Avant 1981, les partisans de l’abolition de la peine de mort n’avaient pas manqué de faire valoir qu’elle n’avait aucun effet dissuasif. Preuve en était apporté, aux États -Unis, où on pouvait noter que les crimes les plus violents étaient souvent commis dans les États qui appliquaient la peine de mort. En 2024, il est clair, pour les Occidentaux, que la peine de mort n’apporte pas la justice.

Après 1981, pour les philosophes qui en France ont rêvé d’un monde sans prison, à l’image de Michel FOUCAULT, c’est l’incarcération elle-même qui a été accusée de ne pas apporter la justice, voire d’être carrément criminogène. D’où les instructions données aux juges, par plusieurs Gardes des Sceaux, de ne prononcer des peines de prison effectives et effectuées qu’en tout dernier recours.

Censée assurer la protection de la société, conserver l’équilibre social, transformer le comportement des criminels et empêcher la récidive, non seulement la prison est loin de remplir toutes ses missions, mais elle s’avère malheureusement souvent être un remède pire que le mal qu’elle prétend éradiquer.

En 2016, le taux de récidive était de 66 % aux États-Unis, de 38 % en France, et de 20 % en Suède, tandis que le nombre de détenus pour 100 000 habitants était alors de 666 aux États-Unis, de 103 en France, et de 57 en Suède.

En s’appuyant sur ces données, les opposants au tout carcéral ont beau jeu pour continuer à dénoncer les méfaits de la prison. En effet, aux États-Unis, qui est longtemps resté champion du monde, avant que le Salvador ne vienne lui ravir la première place, bien qu’on y incarcère près de 12 fois plus qu’en Suède, le taux de récidives y est 3 fois plus élevé.

Dans l’article qu’elle a publié en janvier 2022, intitulé le système carcéral en Suède, un modèle à suivre, Stéphanie OLSON, avocat, a cherché les raisons pour lesquelles ce pays apparaît comme une sorte d’eldorado carcéral, au taux de récidive fabuleusement bas de 20%.

La prison ferme est certes le dernier recours en Suède, mais vouloir en déduire hâtivement que c’est cela d’abord qui explique le faible taux de récidive, c’est aller bien vite en besogne, c’est confondre corrélation et causalité.

Les Occidentaux continuent malheureusement à croire à la supériorité de leur façon de penser, à la supériorité de leurs valeurs, qu’ils rêvent universelles, notamment en qui concerne leur approche des droits de l’homme.

Les Européens qui se prétendent exemplaires en la matière, qui n’ont pas de mots assez durs pour condamner les atteintes aux droits de l’homme en Russie, restent étrangement muets lorsque ces atteintes ont lieu aux États-Unis.

En 2023, le nombre d’exécutions réalisées aux USA a augmenté de 33 %, passant de 18 en 2022 à 24, sans que cette information soit largement relayée en Europe, sans que les opposants à la peine de mort ne s’émeuvent fortement de cette inquiétante progression.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis bénéficient d’une bien étrange mansuétude de la part des dirigeants et des médias européens.

Les États-Unis longtemps premiers en valeur absolue et relative, …

Dernière exécution à mort : États-Unis [2022], Chine [2022], Brésil [1979], Russie [1999], Inde [2020]

Liste des pays par population carcérale [Wikipédia 2016]

Les pays considérés comme les deux plus grandes démocraties dans le monde, qui pratiquent encore la peine de mort dans certains cas, ont des taux d’incarcération totalement différents. Aux États-Unis le taux est le plus élevé parmi les grands pays du monde, et en Inde il est l’un des plus faibles du monde (188e sur 198 pays).

… jusqu’à ce que le Salvador n’incarcère près de 3 hommes sur 100

Dernière exécution à mort : Salvador [1973], Cuba [2003], Chine [2022], Japon [2021], Inde [2020]

Pays où la peine de mort est maintenue (en droit ou en fait) [Rapport du Sénat en 2023]

En 2023, Amnesty International a dénombré 1 153 exécutions dans le monde – sans inclure la Chine, qui ne donne pas ses chiffres -, soit une hausse de plus de 30 % par rapport à 2022. Et un nombre record depuis 2015. Les condamnations à mort prononcées, elles, ont augmenté de 20 %, s’élevant au total à 2 428.

Selon Amnesty International, 2/3 des condamnations à mort dans le monde seraient exécutées en Chine. Le nombre total d’exécutions en 2023 seraient donc de l’ordre de 3 000.

Seychelles [738], Maldives [514], Comores [19] : pourquoi ces différences ?

Dernière exécution à mort : Les Seychelles [1994], Les Maldives [1965], Les Comores [1997]

Liste des pays par population carcérale [2016] Les Seychelles (1er), Les Comores (195e/198)

Situées dans l’Océan Indien, les îles des Seychelles sont réputées dans le monde pour la beauté de leurs plages, et l’affluence record des touristes friqués qui viennent s’y allonger. Mais l’État des Seychelles bat lui aussi un autre record bien moins connu. Il est en effet celui dont la justice incarcère, relativement à sa population,  le plus de criminels et de délinquants dans le monde. [2016, année du classement]

En étudiant le classement [2016] des pays par nombre de détenus pour 100 000 habitants, on constate que dans les îles Maldives aussi la justice à la main très très lourde. Derrière les Seychelles [738 détenus pour 100 000], les États-Unis [666], le Salvador [597 en 2016], le Turkménistan [583], les Maldives sont en effet classées 5e [514], juste devant Cuba [510].

Le tourisme représente pour les Maldives comme pour les Seychelles une part essentielle de leur économie. Le tourisme et la délinquance font très mauvais ménage. Il n’est donc pas étonnant que les juges dans ces États, laissent aux délinquants le minimum de chance de pouvoir récidiver.

La quasi totalité des sociologues français relient depuis des décennies, délinquance et pauvreté. Pour nos « experts » malheureusement, les pays qui mettent le moins de gens en prison, sont souvent parmi les plus pauvres de la planète. Aux Comores, dont le PIB par habitant est près de 10 fois inférieur à celui des Seychelles, le nombre relatif de détenus y est 34 fois inférieur.

On peut faire une hypothèse qui n’est pas politiquement correcte, si le taux de détenus est si faible (195e/198) aux Comores, c’est peut être parce que les délinquants fuient vers Mayotte avant d’être arrêtés, ou parce que les dirigeants de l’État les invitent à le faire, pour désengorger les prisons comoriennes, et/ou pour submerger à terme la population mahoraise, qui a voulu rester française. À Mayotte, la submersion comorienne est en marche, elle a commencé en passant par la case prison.

Les Seychelles [758] et  les Maldives [514] font rêver les touristes, les Comores [19] interrogent les sociologues

En 2024 aux Comores, plus de 200 détenus pour une capacité de 90 places 

Prisons : les étrangers très surreprésentés en Europe.

Parts d’étrangers dans les pays : Luxembourg [47,2%], Arabie saoudite [41,6%], Suisse [24,9%], Grèce [8,6% ]

Autriche [17,1%], Belgique [12,8%], Estonie [15,1%], Suède [8,7%], Italie [8,7%], France, [7,7%]

Pays de l’Union européenne selon la part d’étrangers au sein de leur population en 2021

En Europe, à la notable exception du Luxembourg, les étrangers sont très surreprésentés dans la population carcérale. Au Luxembourg, 73 % des détenus sont étrangers, mais ils représentent 47 % de la population. La surreprésentation n’est donc que de 55 %. Par contre en France les détenus étrangers sont près de 3 fois (2,82) plus nombreux que ce qu’ils devraient être, en Suisse près de 3 fois (2,89), en Belgique près de 3,5 fois (3,46), en Italie près de 4 fois (3,93), et en Grèce plus 6 fois (6,31).

Pour savoir bien conduire, il faut avoir appris à bien conduire, de même, pour savoir bien se conduire, il faut avoir appris à bien se conduire.

En Europe, opposés au point de vue de la plupart des sociologues, les électeurs prouvent, par leur vote, qu’ils sont de plus en plus nombreux à établir un lien de causalité entre délinquance, criminalité, et immigration.

La surreprésentation des étrangers dans les prisons d’Europe est un fait, mais le lien de causalité est loin d’être démontré. Si on compare la situation aux États-Unis, et celles au Japon et en France, si on compare le nombre et la part des immigrés dans la population en 2015, et le nombre des détenus étrangers en 2016, on voit que dans le pays qui envoie le plus de gens en prison, les étrangers sont sous-représentés dans la population carcérale, alors que dans celui qui en envoie le moins, les étrangers sont surreprésentés, comme en France.

Aux États-Unis, il n’y a que 5,2 % d’étrangers détenus (3 fois moins qu’attendu) pour 15 % d’étrangers dans la population, tandis qu’au Japon, il y a 5,6 % d’étrangers détenus pour 2,6 % d’étrangers, et en France 21,7 % d’étrangers détenus pour 12 % d’étrangers [en 2015], soit 2 fois plus qu’attendu.

Le pourcentage de femmes détenues qui ne dépasse 21 % dans aucun pays, varie dans les grands pays occidentaux de 9,8 % aux États-Unis, 8,4 % au Japon, à 1 % en Israël. Dans l’Union-européenne le pourcentage varie de 8,2 % en Lettonie à 3,1 % en Bulgarie. La moyenne en Europe est de 4,7 %. La France est avant-dernière avec 3,5 %.

Comme François BAYROU l’a rappelé en février 2002, « si on pense tous la même chose c’est qu’on ne pense plus rien ». D’où l’importance des débats et de la disputatio.
[Le 25 janvier 2025, 18 H00, P. C., Notre-Dame de la Rouvière] : Quel problème !