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N° 90 Images impressionnantes d’un cargo de 225 mètres, percutant une villa historique sur la rive Est du Bosphore.
___Triste moment pour tous ceux qui aiment Istanbul

dimanche 8 avril 2018.
Fait divers révélateur de la fragilité de nos sources d’information.

C’est l’un des plus grands paradoxes du XXIe siècle, plus le nombre de sources d’information augmente plus il est difficile d’être bien informé, plus il est difficile d’écarter les fausses nouvelles. Les journalistes professionnels déclarent être les meilleurs et les seuls véritables experts capables d’apporter de « bonnes informations ». Cela mérite parfois discussion.

Grâce à leur formation, à leur « large culture », et surtout grâce à leur déontologie professionnelle, ils prétendent pouvoir vérifier, recouper, et garantir la qualité des nouvelles qu’ils diffusent, mieux que quiconque.

Pour conserver leur légitimité, subissant via internet une concurrence exacerbée, les médias officiels et professionnels occidentaux s’efforcent de dénoncer continûment les rumeurs, les fausses informations et les manipulations qui prolifèrent sur la toile.

Le regard critique et exigeant que les journalistes professionnels portent sur les agences de presse auxquelles ils n’accordent aucun crédit, notamment les agences russes, semble malheureusement s’arrêter lorsqu’ils lisent les dépêches des agences de presse occidentales ayant pignon sur rue.

Lorsque la guerre des images est l’œuvre d’officines « officielles » de désinformation, il est très difficile, voire impossible, de démasquer les manipulations. Lorsque par exemple, les différents belligérants de la guerre en Syrie s’accusent mutuellement de crimes avérés, il est hasardeux de prétendre en connaître les auteurs avec certitude.

On ne peut accuser des journalistes de ne pas avoir suffisamment vérifié des informations très difficilement vérifiables, par contre on peut, et on doit, reprocher leur manque de vigilance et de professionnalisme, quand il est patent.

La plupart des médias français travaillent principalement avec l’Agence France presse (AFP). C’est ainsi qu’on peut lire dans toute la presse nationale et régionale la même information (parfois au mot près), émanant de la même dépêche.

On peut aussi retrouver dans tous les journaux la même information inexacte. Ce qui tend à prouver que, contrairement à ce qu’ils prétendent, les journalistes ne vérifient pas toutes leurs informations, ou plus grave, qu’ils sont très nombreux à se montrer incapables de le faire.

Un fait divers qui s’est produit récemment dans le Bosphore nous donne l’occasion d’en faire la démonstration, sans courir le risque d’être accusé d’être politiquement partisan.

Tous ceux qui ont eu la chance d’être attablé dans un des nombreux restaurants qu’on trouve à Istanbul sur le bord du Bosphore, ont vécu l’émotion particulière qu’on ressent quand on voit passer devant soi dans le détroit qui relie la mer de Marmara à la mer noire, un paquebot, un navire de guerre ou un cargo. Quand un vaisseau de plus de 200 mètres passe dans ce canal maritime naturel, qui fait par endroits moins de 700 mètres, il est facile d’imaginer les conséquences d’une faute de navigation.

On pouvait lire dans la presse en ligne (Libération, Le Parisien, Le Monde, Huffpost, etc…) dès samedi 7 avril au soir des articles tel que celui ci-dessous :

Un cargo de 225 mètres qui traversait le détroit du Bosphore, à Istanbul, est sorti de route samedi 7 avril, s’encastrant dans une villa ottomane en bois en bord de mer. L’incident, qui n’a fait aucune victime, a provoqué l’interruption du trafic maritime, ont rapporté les médias turcs.

Le -Vitaspirit-, battant pavillon maltais, est devenu incontrôlable en raison d’un problème technique, a rapporté l’agence de presse spécialisée dans les affaires maritimes -Deniz Haber-, qui évoque un blocage du gouvernail. Le cargo a percuté de plein fouet l’une des nombreuses villas construites par des dignitaires ottomans au 19e siècle au bord du Bosphore, appelées « - yali- » en turc.

Projet de canal

Le -yali Hekimbasi Salih Efendi-, un édifice en bois peint en rouge de trois étages particulièrement bien conservé, a été éventré et s’est en grande partie effondré. Désormais inhabité, le bâtiment était loué pour des cérémonies de mariage ou des concerts, selon le site internet qui lui est dédié.

Ce spectaculaire accident s’est produit sous le pont -Fatih Sultan Mehmet-, l’un des trois ouvrages d’art qui enjambent le Bosphore pour relier les rives européenne et asiatique d’Istanbul. L’ampleur des dégâts causés au navire, qui se dirigeait vers l’Ukraine après être parti d’Egypte le mois dernier, n’était pas connue.

Le gouvernement a saisi le prétexte de cet accident pour justifier la construction controversée d’un nouveau canal à Istanbul, prévu pour désengorger la circulation sur le Bosphore. En 2017, plus de 42 000 navires commerciaux, militaires ou de plaisance ont emprunté le Bosphore, l’un des détroits les plus congestionnés du monde.

Fin de l’article du Monde

Le même jour, on pouvait trouver sur le site internet de -Sputnik- un article et une vidéo concernant l’échouage du cargo maltais à Istanbul.

Un cargo, battant pavillon maltais, a éperonné un manoir historique situé au bord du Bosphore. Des personnes, qui se trouvaient au moment de l’incident dans un restaurant dans le bâtiment adjacent, ont tout filmé.

Un client d’un restaurant au bord du Bosphore a fait une vidéo du navire qui a percuté un bâtiment historique situé juste à côté de l’établissement.

La vidéo montre le cargo se diriger très rapidement vers le restaurant. Des clients se mettent à le quitter mais au dernier moment le navire fonce sur le manoir historique voisin.

Selon la chaîne russe NTV, le bâtiment a été gravement endommagé. La valeur de cette maison construite au XVIIe siècle est estimée à 85 millions d’euros. Depuis plusieurs années, le manoir était utilisé pour organiser des cérémonies de mariages, des concerts et d’autres évènements.

D’après un communiqué diffusé par l’administration d’Istanbul, le cargo -Vitaspirit- a quitté la Russie et se dirigeait vers l’Arabie saoudite. C’est l’arrêt du moteur qui a provoqué l’incident. Les marins ont jeté l’ancre mais il était trop tard.

Fin de l’article de Sputnik

-Sputnik -est une agence de presse multimédia internationale lancée officiellement par le gouvernement russe. En Occident , cette agence est majoritairement considérée par les experts et les médias comme un outil de la propagande russe se livrant à la désinformation. En France, l’agence est considérée proche de l’extrême droite et complotiste.

En raison de la mauvaise réputation de l’agence de presse, les articles de -Sputnik- sont lus avec beaucoup de méfiance et de suspicion, par la plupart des journalistes français, ou plus exactement les journalistes veulent perdre le moins de temps possible à les lire. C’est fort dommage, car s’ils avaient lu l’article (russe) concernant l’échouage du cargo maltais avec attention ils auraient pu découvrir dans la dépêche de l’AFP l’erreur, qu’ils allaient relayer. Ou du moins, comme nous, ils auraient pu constater une différence entre les dépêches des deux agences.

L’agence russe a joint à son article une vidéo. En regardant la vidéo, lorsque l’on connaît Istanbul, lorsque l’on sait où se trouve le -yali Hekimbasi Salih Efendi-, sur la côte asiatique du Bosphore, par rapport au pont -Fatih Sultan Mehmet-, on peut vérifier l’exactitude de l’article russe.

Le cargo naviguait donc nord-sud pour aller en Arabie Saoudite comme l’a indiqué l’administration d’Istanbul (version russe) et non sud-nord vers l’Ukraine (version AFP).

Que le cargo aille en Ukraine ou en Arabie Saoudite est sans doute de peu d’importance. Par contre, qu’aucun journaliste des grands médias français n’ait été capable de corriger l’erreur de l’AFP doit nous interroger.

En raison de son coté spectaculaire, la vidéo mise en ligne par -Sputnik- a été diffusée en boucle sur toutes les chaînes d’informations télévisées françaises. Il est donc improbable qu’aucun journaliste ne l’ait regardée. On est donc obligé de conclure que parmi les journalistes qui ont vu cette vidéo, aucun n’a été capable d’analyser correctement les images concernant une des destinations les plus touristiques et culturelles du monde.

Nous invitons tous ceux qui connaissent et aiment Istanbul, et tout ceux qui ne demandent qu’à connaître cette ville, à regarder les plans et les images qui illustrent, ci-dessous, cet article.

Le pont Fatih Sultan Mehmet-, aussi appelé second pont du Bosphore, est un pont suspendu qui relie les continents européen et asiatique sur le détroit du Bosphore à Istanbul, en Turquie

Construit en 1986, mis en service en 1988, il s’agit du second pont franchissant le Bosphore, après le premier pont du Bosphore (1973). En 2016, un troisième pont a été inauguré sur le Bosphore, le pont -Yavuz Sultan Selim-.

Détroit du Bosphore, entre l’Europe et le continent asiatique

3 ponts enjambent le détroit, Sud-Nord, (1) 1973, (2) 1988 et (3) 2016

Sud-Nord, premier pont et second pont, Fatih Sultan Mehmet

Le second pont, Fatih Sultan Mehmet

Ouest -> Le pont Fatih Sultan Mehmet ->Est

Ouest -> Le pont Fatih Sultan Mehmet ->Est

Au pied du pont, yali Hekimbasi Salih Efendi, le manoir détruit

Le pont Fatih Sultan Mehmet, côte Est du Bosphore

Au pied du pont, yali Hekimbasi Salih Efendi, le manoir détruit

Au pied du pont, le manoir yali Hekimbasi Salih Efendi, photo ancienne

Ancienne photo du manoir yali Hekimbasi Salih Efendi

Le cargo maltais dans le manoir historique yali Hekimbasi Salih Efendi

Le cargo Vitaspirit, enfin à l’arrêt

Le manoir yali Hekimbasi Salih Efendi, après l’échouage

Le manoir yali Hekimbasi Salih Efendi, détruit par le cargo Vitaspirit -

Vous pouvez aller regarder la vidéo en cliquant ICI

COMMENTAIRES

[ Le 11 avril, 0 H 35, P. CA, Lézignan] : Salut ICEO, Tout à fait d’accord avec vous pour votre analyse des journalistes....plus tous ceux qui sont stipendiés. Amicalement,

[ Le 10 avril, 12 H 50, P. C, Mende] : Il est regrettable qu’à l’occasion de l’échouage de ce cargo maltais, aucun journaliste n’ait mis à profit l’évènement pour élargir le sujet et rappeler la somme des graves risques qui menacent l’agglomération d’Istanbul.

1° Les risques sismiques

2° Les risques liés à la navigation dans le Bosphore de cargo chargés de produits toxiques et/ polluants.

3° Les risques liés à la navigation des navires de guerre de flottes de pays en conflit.



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